
A hauteur du Pont de Rouen, au lieu dit les « Grands Champs », se
détachait jadis le chemin de Colombes, qui rejoignait un peu plus loin
le lieu-dit des « Côtes d’Hautil ». L’îlot, ainsi formé, resta
longtemps isolé au milieu des champs de blé, de luzerne et des cultures
d’asperges. Ce n’est que plus tard qu’on commença à y construire de
modestes pavillons. L’industrialisation des environs immédiats débuta
en effet à partir du début du vingtième siècle et après la première
guerre mondiale. Les ouvriers cherchant à s’établir à proximité de leur
lieu de travail, de nombreux pavillons, maisonnettes de bois ou de
carreaux de plâtre furent donc progressivement édifiés en bandes
étroites, épousant les formes du terrain. Des conditions de vie
difficiles néanmoins, puisqu’à l’époque, beaucoup ne bénéficiait pas
encore de l’eau courante, et n’étaient toujours pas raccordés aux
égouts.
La rue des Pâquerettes, alors appelée « chemin de Colombes », faisait
partie de ces quartiers déshérités, mais où s’organisait une vie
associative très intense… En 1948, par exemple, l’association « les
Amis du Petit-Nanterre », ayant pour vocation de promouvoir, soutenir
et favoriser les activités d’entraide populaire, concernant le
relogement, l’amélioration des conditions d’hygiène et d’habitation,
s’y implanta. La Maison de l’amitié, sous la houlette du prêtre ouvrier
André Bauger, familièrement appelé le « père André » s’enracina
également dans le quartier. Cette organisation œuvrait pour
l’orientation et l’entraide de la jeunesse ouvrière. En 1952, un
dispensaire ouvrit ses portes, puis ce fut au tour de bains douches, en
1953. Mais, peu à peu, sur les vastes terrains environnants
s’entassaient des nouvelles cabanes faites de planches, de tôles et de
pierres qui abritaient, dans des conditions souvent inhumaines, les
familles des travailleurs nouveaux, venus pour la plupart d’Afrique du
nord. La lèpre finit par s’y installer et mit plus de vingt ans à se
résorber… Pourtant, pendant ces vingt années, une cité nouvelle se
modelait sur les terrains vagues de la rue des Pâquerettes à la rue
Alfred-Dequéant. Allaient être créés : 1200 logements, un centre
commercial, le groupe scolaire des Pâquerettes (inauguré en 1961), le
groupe de La Fontaine, rue de l’Agriculture ( 1964), une bibliothèque,
une crèche, une maison de l’enfance, un centre de Sécurité sociale…
L’histoire des Pâquerettes entamait alors un nouveau chapitre, toujours
fait de peines et de joies, de luttes et d’espérances…
Source : Oh ! Quelle histoire. Nanterre au fil des rues. Société d’Histoire de Nanterre. Bulletin n° 15. Volume 2. Février 1995.