Intervention de Marc
Vignau :
« Avant d’aborder l’ordre du jour du conseil de
quartier de ce soir, je souhaitais rapidement revenir sur les violences
urbaines que nous avons vécues le mois dernier et qui nous interpellent au plus
haut niveau.
Je crois personnellement qu’une bulle inégalitaire vient
d’exploser.
On peut regretter la méthode employée,
qui est la pire
qui soit, et qui participe au sentiment d’insécurité à tous les niveaux.
Mais je crois également, que dans la réaction de ces jeunes,
il faut reconnaître les souffrances endurées, en matière d’école, d’emploi, de
discriminations, mais aussi la souffrance de ne plus avoir d’espoir.
Pourtant cette flambée de violence n’a pas frappé partout.
A Nanterre certes, ces violences ont
été moindres, mais ne nous en glorifions surtout pas.
Nos quartiers n’ont pas vécu les évènements au même niveau,
mais tous les symptômes sont bien là.
Je voudrais pour ma part m’arrêter sur la situation de notre
quartier, le Petit Nanterre.
Ce quartier, qui rappelons le, a été classé îlot sensible
dès 1982 et qui cumule encore
aujourd’hui les plus forts taux de chômage (30%) ou de minima sociaux de la
ville.
Un quartier fortement enclavé et coupé du reste de la ville
par des infrastructures ferroviaires et autoroutières.
Un quartier qui pourrait paraître peu différent de ceux qui
ont connu ces explosions de violence. Pourtant, ça n’a pas été le cas, hormis 2
feux de poubelles la nuit du dimanche 5 novembre.
Les politiques nationales successives n’ont pas inversé la
vie de tout les jours des habitants de notre quartier
et l’ont même, ces
derniers temps, aggravé.
Nous ne pouvons pas en dire autant de la politique de la
ville de Nanterre en direction de ce quartier, sur lequel elle a porté une
attention toute particulière au cours de ces 2 dernières décennies :
En
menant un aménagement ambitieux des espaces publics
Mais
aussi en soutien de tout ce qui fait la vie du quartier et je pense plus
particulièrement aux associations qui y font un important travail que je
tiens à saluer.
Ou
encore par des expérimentations tels que le dispositif après l’école,
démultipliant l’offre proposé liant les études dirigées, des ateliers
ludiques, sportifs ou culturels, pour les enfants du Petit Nanterre.
En
terme de services publics sur le quartier:
Enfin, en menant des batailles comme le
304 en soirée. Son inauguration, le 7 novembre, était programmée au moment
même des émeutes dans les banlieues. Nous avons fait le pari de la
maintenir. Nous avons eu raison.
Je voudrais vous dire que lors de ces évènements j’ai eu
l’occasion de rencontrer beaucoup
d’entre vous : que m’avez-vous dit? Votre inquiétude, bien évidement,
mais
surtout votre fierté que cela ne se
passe pas dans votre quartier.
Je crois que cette fierté, c’est ce qui fait la richesse de
notre ville et de notre quartier. Et
cette fierté je la partage pleinement.
Sans
cette volonté et cette attention particulière que la ville a porté au Petit
Nanterre qui pourrait dire ce qui se serait passé ?
Raison de plus de continuer ce que nous avons entrepris avec
le Programme de Renouvellement Urbain et Social au Petit Nanterre tout comme
obtenir le concours de l’
ANRU pour
l’ensemble des projets de rénovation urbaine que porte la ville pour ces quartiers.
Où en
est-on depuis le dernier conseil de quartier?
Bien que le président de l’Agence nationale pour la
rénovation urbaine ne nous ait pas adressé de réponse officielle à la motion
votée par les habitants présents lors du conseil de quartier du 20 octobre – et
nous le regrettons vivement -, une bonne nouvelle est à souligner : lors d’un récent Comité technique partenarial
(CTP) – au cours duquel la DDE 92 a présenté le dossier du
PRUS à l’ANRU-, nous
avons eu la confirmation que notre
projet, malgré les lenteurs et les retards accumulés par l’ANRU dans sa prise
de décision, était bien engagé.
Cette avancée, je la mets pour ma part à l’actif des habitants et des élus de la Ville et du
Petit Nanterre qui se mobilisent pour
que ce projet puisse aboutir.
Il reste aujourd’hui une dernière étape : le comité d’engagement au cours duquel le
maire présentera et défendra personnellement le PRUS à l’ANRU.
Continuons à nous mobiliser pour que les financements que
nous percevrons de l’Etat soient la hauteur de nos attentes.
Sur l’ordre du jour qui
nous concerne ce soir :
Je vous propose que nous ayons un échange sur le thème de l’entretien courant des logements et pieds
d’immeuble gérés par les trois bailleurs du quartier (OMHLM, Logirep et
Sonacotra). Beaucoup d’entre vous ont en effet souhaité que cette question
puisse être abordée avec des représentants des 3 bailleurs –je les remercie pour leur présence
ce soir.
Sachez par ailleurs qu’au cours des dernières semaines, nous
avons rencontré individuellement chaque bailleur pour faire un point sur la
situation du quartier mais également leur faire
part de problèmes soulevés par des habitants.
Je pense notamment à la réunion qui était organisé avec les
représentants de la Sonacotra et l’amicale des locataires de la cité des
Potagers, le jeudi 17 novembre, au cours de laquelle le bailleur s’est engagé à
débloquer 50 000 € en urgence pour notamment colmater les canalisations
d’eau endommagées qui avaient provoqué d’importants dégâts des eaux dans
certains appartements.
La Ville, pour sa part,
continuera à être vigilante afin que chaque habitant de ce quartier vive
dans ces conditions de logement décents ».
1- Discussion sur le
thème de l’entretien courant des logements et des espaces extérieurs (pieds
d’immeuble) gérés par les trois bailleurs du quartier du Petit Nanterre (OMHLM,
Logirep et Sonacotra)
Une habitante : je tenais à remercier les élus pour leur intervention
auprès de la Sonacotra sur la cité des Potagers : les travaux pour
colmater les canalisations endommagées ont commencé. Tout se passe très bien.
U
ne habitante : au bâtiment K, nous avons certes désormais de belles
fenêtres mais beaucoup de choses sont à reprendre : le carrelage se
décolle, il n’y a pas de prise de terre, etc. On me rétorque que tout ce qui
concerne l’intérieur de mon logement est à ma charge, mais je ne suis ni une
spécialiste en plomberie, ni en électricité ! Quels sont mes droits –et
mes devoirs- au regard du loyer et des charges que je paye chaque mois ??
J’ai le sentiment que rien ne bouge !
Une habitante : quel avenir pour le bâtiment G de la cité des
Canibouts ? Qu’en est-il des travaux ? Nous rencontrons de nombreux
problèmes : l’électricité n’est pas aux normes, il n’y a jamais de
réparations. Sans compter la présence de rats…
Une habitante : nous ne sommes que 4 familles au bâtiment H. Pourquoi ne le
détruit-on pas ? Si vous détruisez, nous voulons accéder à du logement
neuf !
Marc Vignau, président du conseil de quartier : nous continuons à nous mobiliser
pour que le dossier avance, que l’ANRU accélère son processus de décision car
de nombreux habitants, des locataires sont dans l’attente. En attendant, en
tant que locataire, même si votre bâtiment doit être détruit dans un ou deux
ans, vous avez le droit de vivre dans des conditions décentes.
Je demande par ailleurs à l’équipe M.O.US. d’organiser un temps
d’échange, une réunion d’information au local du P.R.U.S. sur le thème :
qu’est ce qui est du ressort du locatif ? Qu’est ce qui est à la charge du bailleur ?
Plus généralement, nous sommes ici présents pour aborder
avec les représentants des bailleurs les grandes problématiques. Nous ne
pourrons pas aborder tous les cas personnels.
Patrice Launay, Logirep : la position de Logirep n’est bien
évidemment pas de dire « puisque l’on détruit dans un an ou deux, on ne
fait plus rien ». Nous poursuivrons les travaux d’entretien là où cela est
nécessaire. Si nous sommes présents ce soir, tous ensemble, c’est pour faire
avancer le dossier de l’ANRU mais nous n’ignorons pas les locataires en
attendant que ces opérations se concrétisent.
Sur les appartements, les normes appliquées sont celles du moment de la
construction ou de la réhabilitation du bâtiment. Nous allons nous emparer des
problèmes qui ont été soulevés.
Une habitante : qu’est ce que Logirep attend pour mettre nos bâtiments aux
normes actuelles ! Si un feu se propage dans les immeubles, que se passera
t-il ? Où en est-on, enfin, des réhabilitations qui étaient programmées
pour les bâtiments B, C et D de la cité des Canibouts ?
Benoît Monier, directeur du centre social des Canibouts : nous avions fait la proposition à
Logirep, il y a quelques mois, de tenir des permanences avec l’amicale des
locataires de la cité des Canibouts et les élus du quartier pour présenter, au
travers d’une exposition de maquettes, la nature des réhabilitations prévues
par le bailleur sur les bâtiments B, C et D. Nous attendons toujours.
Un habitant : de loin, mon bâtiment est beau, mais à l’intérieur, c’est
« dégueulasse » : présence de graffitis, absence de nettoiement
des couloirs, etc.
Marc Vignau : sur la question des parties communes, j’invite
notamment l’amicale des locataires et ses représentants à s’entretenir avec
Logirep pour évoquer tous les dysfonctionnements ou problèmes rencontrés.
Un habitant : je suis un habitant des Pervenches. Je tenais à remercier
les associations, les élus mais surtout les parents qui sont intervenus auprès
des jeunes au moment des émeutes. Je suis pour ma part persuadé qu’il faut que
la Ville créée une police municipale pour répondre aux problèmes qui ont été
soulevés.
Cela fait trois ans que j’attends par ailleurs que la Ville
réponde à ma demande de logement. La municipalité s’était engagée il y a quatre
ans à répondre à toutes les demandes de logement émanant des jeunes en quelques
mois… Où en est-on ? J’ai le sentiment que l’on construit des beaux
logements le long de l’avenue de la République pour masquer ce qui a derrière.
On fait une belle coulée verte mais on est même pas capable de rénover nos
bâtiments. Cela fait des années que j’assiste à des conseils de quartier et
rien ne bouge.
Nadine Garcia, conseillère générale et maire adjointe : l’objet de la réunion de ce soir
est justement de trouver des solutions constructives sur les problèmes qui sont
soulevés. Le plus important, c’est d’instaurer un dialogue et d’avancer tous
ensemble. Bien des choses se sont améliorées ces dernières années sur le
quartier, mais ce n’est pas un fin en soi : il reste beaucoup de choses à
faire.
Un habitant : nous n’avons pas eu d’éclairage public pendant près d’une
semaine entre la rue des Aubépines et les Tulipes : cela dénote d’un certain
problème de transmission de l’information et de réactivité des services.
Le week-end, il existe de gros problèmes d’entretien le long
de la rue de l’Agriculture : il faut que les bailleurs prennent réellement
conscience que des gens habitent dans ce secteur. Je souhaiterais qu’ils soient
plus réactifs et plus efficaces quand les choses ne vont pas. Enfin, comment
s’opère le recrutement des gardiens ? Ces agents doivent sanctionner les
habitants qui commettent des dégradations : c’est une question de courage.
Je renouvelle enfin le souhait que les bailleurs soient
présents à tous les conseils de quartier car c’est quelque chose d’important
pour les habitants.
Un habitant : cela fait des années que l’on se bat sur la question de la
gestion des poubelles aux Tulipes : depuis la création de la coulée verte
et du parking, il n’y a plus de local poubelle, c’est un vrai problème. La
Ville met des moyens la semaine, mais le week-end ? Au final, ce ne sont
que des petites choses, mais en s’accumulant, cela déborde.
Marc Vignau : une police municipale ne règlerait pas tous les problèmes,
au quotidien, surtout quand la police nationale n’y arrive pas elle même.
Aujourd’hui même, nous avons appris qu’il y avait une vingtaine d’agents en
moins sur Nanterre : est-ce normal ?
Le quartier s’est profondément transformé ces 43 dernières
années. Nous sommes conscients que beaucoup de choses restent à faire pour
améliorer les conditions de vie des habitants de ce quartier : le PRUS, ce
projet ambitieux que nous défendons aujourd’hui, s’inscrit dans la continuité
des opérations de réhabilitation ou de construction qui sont intervenues,
notamment à la fin des années 90, le long de la République ou en éliminant les derniers
habitats insalubres aux Marguerites. De nouvelles réhabilitations ont démarrées
sur la cité des
Pâquerettes : aux Iris, aux Jonquilles et aux Lilas. Les
aménagements comme la coulée verte ont été présentées et validées par les
habitants présents en conseil de quartier. Ils répondent, comme d’autres,
à des attentes exprimées par les
habitants du Petit Nanterre pour : améliorer l’éclairage public, embellir les
lieux de circulation douce, notamment entre la rue de l’Agriculture et le
square de Strasbourg.
Sur le problème des incivilités, des dysfonctionnements,
c’est tous ensemble qu’il faut agir. Sur les points « durs » qui ont
été évoqués, s’il faut une intervention accrue des services de la Ville, alors
nous nous battrons pour l’obtenir.
Patrice Launay, Logirep : il existe une très forte attente,
légitime, de la part des locataires mais je crois qu’il existe aussi un
véritable problème de communication : nous disposons de locaux à la cité
des Canibouts, nous sommes disponibles pour vous écouter et améliorer les
choses. Sur l’entretien courant au quotidien, il ne faut pas non plus être
manichéen. Plutôt que de tout « déballer » en conseil de quartier,
nous souhaiterions travailler de manière constructive, bénéficier de relais
pour que l’information, l’échange puisse circuler.
Nous opérons par ailleurs un roulement des gardiens. Ils ne
peuvent pas en outre être à la croisée de tous les locataires. Il faut
également sensibiliser les populations
pour que chacun soit respectueux de son environnement. Il faut faire un effort
pour mieux communiquer, travailler tous les sujets, sans tomber dans l’excès.
Un bailleur n’a, par exemple, aucune possibilité juridique, pour sanctionner un
locataire. Les gens doivent se réapproprier leur environnement, discuter. Il ne
faut pas, oublier ce qui a été fait, et avancer. Et nous aussi, nous attendons
une issue favorable au dossier de l’ANRU.
Jacques Guevel, coordinateur de quartier : il existe actuellement un projet de
régie de quartier sur lequel il faut avancer. Nous proposons par ailleurs que
des comités de cité regroupant les bailleurs, les services de la Ville et
des représentants de locataires par
bâtiment ou groupement de bâtiments puissent être créés. Leur mise en place
répondrait à la fois aux attentes des locataires et des bailleurs.
Marc Vignau : les modalités de création de ces comités de cité restent à
définir, notamment avec les bailleurs. Nous présenterons leurs avancées au
prochain conseil de quartier.
2- Point d’information
sur la prochaine fête de quartier du Petit Nanterre
La
prochaine fête de quartier du Petit Nanterre se tiendra le samedi 24 juin.
La prochaine commission Loisirs et vie associative du PRUS
se tiendra le jeudi 26 janvier à partir de 18h au local du P.R.U.S. avec à
l’ordre du jour la préparation de la prochaine fête de quartier.
Marc VIGNAU Président du Conseil de Quartier